Blog des profs d'allemand

06 septembre 2016

Ca va mieux! Billet de rentrée - Collège 2016

Au cas où cela aurait échappé à la perspicacité des heureux lecteurs de ce blog un peu en jachère, je précise que je suis théoriquement prof d'allemand dans l'enseignement public.

La rentrée 2016 est un grand bonheur:

- emploi du temps parfait, plein de trous, ce qui permettra une concertation accrue entre collègues.

J'ai rarement eu un emploi du temps aussi dégueulasse et fuck la concertation. Je passerai mes heures de trou à préparer mes cours, et je m'appliquerai à surtout ne rendre aucun service à l'institution tellement je suis écoeurée.

- j'enseigne désormais également le français et l'histoire-géo. Je n'ai aucune qualification, mais ça va forcément apporter beaucoup aux élèves, ben oui, forcément, la ministre l'a dit.

Heureusement que c'est pas mes gosses! Ca craint quand même, surtout pour les 3ème qui ont le brevet à la fin de l'année. Mais je m'en fous, puisque c'est la volonté du ministère de désorganiser le collège public. Parents mécontents, adressez-vous à elle.

- les collègues sont d'une humeur charmante car la plupart ont des emplois du temps aussi jolis que le mien. D'ailleurs, eux comme moi, nous démissionnons des tâches annexes, par ex. la gestion du réseau informatique.

Ce matin j'ai rendu les clés de la salle info, la collègue qui devait prendre la relève jette aussi l'éponge, car on lui refuse une modif d'emploi du temps qui ne pose aucun problème si ce n'est de vexer notre caporale en chef qui a été infoutue de pondre des plannings corrects.

- l'enthousiasme est tel qu'on supprime les projets, ben oui, c'est pas ça l'esprit de la réforme? rien pour tous. On aime notre ministre, on est de bons petits soldats, à l'image des recteurs et IPR.

Notre ministre nous considère tellement que les collègues en sont à considérer ce métier - qu'ils aimaient quand même - comme un job alimentaire et guettent l'occasion de se barrer. Les dégâts de collège2016 sont déjà palpables dans les salles des profs: on n'a plus envie. Les projets, c'est terminé.  Certains seront encore reconduits peut-être cette année car ils étaient déjà dans les tuyaux, mais c'est la dernière.

 

 

 

 

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23 mars 2016

Le pouvoir craint la jeunesse

Nous sommes en mars 2016. Il y a un an, presque jour pour jour, j'entendais à la radio, vers 6h du matin - ma collègue allemande en face de moi, puisque c'était le dernier jour de l'échange - l'annonce de la suppression des classes bilangues.

Ce n'était que la face émergée de l'iceberg. Car la réforme du collège a révélé depuis à quel point elle était néfaste, non seulement à l'enseignement de l'allemand, mais à l'enseignement secondaire tout court.

Que de jours de grève, d'heures syndicales, de manifs, de mails, de pétitions signées depuis, et que dalle!

Les IPR (et encore, même pas tous!) se veulent rassurants, font de la calinothérapie, ils essaient de nous endormir en proclamant que ça aurait pu être pire encore, que finalement on a réussi à sauver ici ou là quelques classes bilangues, qu'en définitive, le latin n'est pas totalement supprimé, etc...

Le niveau de nos élèves, c'est déjà pas la gloire, mais là, si Collège2016 se met en oeuvre, on aura d'ici quelques années de jeunes adultes aux compétences limitées et aux connaissances indigentes. Des bons ptits gars soumis, des pauv' filles sans ambition, et qui n'auront pas les outils intellectuels nécessaires à une analyse critique de la société.

Revenons à l'allemand:

Des délégations de parents, enseignants sont reçues dans les officines du pouvoir académique, mais ne rencontrent que mépris, on les reprend sur des éléments de langage (ils adorent ça les messieurs-dames en costume des IA et rectorats) au lieu de répondre à leurs interrogations. Cette mauvaise foi est affligeante et insupportable.  

Y'en a marre!

[Je n'ose même pas écrire certains mots-clefs recencés par mon hébergeur pour les gens qui atterrissent ici et qui en disent pourtant long sur l'écoeurement et le ras-le-bol des collègues !]

Alors la question est : que peut-on faire?

- Certains évoquent la rétention des notes ou le boycott des examens: personnellement je suis contre. On passerait pour les méchants.

- D'autres évoquent encore l'idée de s'inspirer des actions choc type taxis et paysans. Je serais assez partante, mais on n'a pas de tracteurs et avec nos clio de 2002 ou nos 307 de 2003, qu'est-ce que tu veux qu'on bloque? L'accès au rectorat? Tout le monde s'en fout. La rocade pendant deux heures? Ca changera pas tellement du quotidien.

- La bagarre pro/ contre collège2016 serait à intensifier sur le net. Mais cela n'a aucun impact: c'est toujours les 20 mêmes profils twitter ou facebook qui vocifèrent. D'ailleurs, j'ai démasqué l'un des "pro-collège2016". J'ai été collègue de sa femme, il y a quelques années. Lui n'a pas vu un élève depuis 20 ans, et sa femme incitait les élèves à la tutoyer pendant les cours, faisait de la démagogie à tour de bras et se barrait en cure pendant 3 mois après avoir mis le wye complet au collège: top pour les collègues! Je hais ces démagogos qui ne cherchent qu'à se faire aimer (allô tonton Freud?) alors qu'ils devraient enseigner.

- Faire des réunions avec les parents? Le problème, c'est que les chefs d'établissement court-circuitent les initiatives et passent de la pommade, rassurent, endorment... Localement, ça peut marcher, mais bon, vu le temps que ça prend pour réagir, cette option est grillée.

- Les actions de l'ADEAF (association de défense de l'enseignement de l'allemand en France) sont louables et ont sans doute permis de sauver ici ou là, quelques classes bilangues. Mais le butin est maigre et n'est pas à la hauteur des enjeux. Et il est bon de rapeller que ces nouvelles classes bilangues n'en sont pas vraiment. Les horaires en sont réduits comme peau de chagrin.

- Localement, on nous englue dans les formations (chiantes, infantilisantes, indignes!) lors desquelles on nous enjoint de pondre des recettes miracles aux quadratures du cercle de cette réforme inepte.

Qu'est-ce qu'il nous reste comme moyen de pression?

Franchement, il y a quelques temps, je ne savais pas. Mais j'ai croisé ces derniers jours, des personnes avisées. Le pouvoir craint la jeunesse. Ce qu'il faut mettre en branle, ce ne sont pas les syndicats (la plupart sont mous du genou), ni les fédés de parents (localement, je suis déçue: ils ont refusé de relayer nos messages d'alerte), ni la presse nationale (France Inter devient maître coq pour ce qui est de servir la soupe au gouvernement, ça me fait mal au bide, mais j'ai décidé de boycotter cette antenne qui relaie des propos inacceptables...). Sans doute y a-t-il des raisons que l'on peut entendre pour expliquer la frilosité des syndicats, parents, assos, à agir ou réagir plus activement. La machine à mensonges du ministère,  usine de Comm' très au point, est un outil redoutable, notamment. 

[Petit intermède historique: un vieux monsieur de ma connaissance, pas un rigolo, un FFI qui a refusé de rendre son arme en 45 et qui était en délicatesse avec la justice du coup pendant quelques années,  a déchiré sa carte du PCF et quitté à grand fracas sa section syndicale en 1968  pour deux raisons: les événements de Prague et la frilosité des syndicats qui n'ont au fond pas suivi les jeunes,  par peur de perdre  leur mini parcelle de pouvoir, la même peur qui les étreint encore aujourd'hui et qui leur fait accomplir les gestes les plus laids pour préserver tous les râteliers où ils picorent.]

Il faut peut-être jouer la carte des jeunes et rencontrer dans les plus brefs délais les associations lycéennes et étudiantes. Pour les fréquenter un peu, ils ignorent presque tout de cette réforme du collège. J'en ai recontrés quelques uns très récemment, et j'ai été ravie d'échanger avec eux, ils écoutent, font preuve d'une capacité d'analyse mordante et  posent les questions qui fâchent. Ils ont parfaitement conscience du danger d'un verrouillage de leurs actions par les appareils.

J'invite tous les collègues fermement opposés à la réforme du collège à prendre contact avec les lycéens ou étudiants (élus ou pas, certains malheureusement sont déjà siphonnés de leurs nobles intentions par les basses tractations et autres petites affaires obscures que l'on conclut entre amis) à proximité pour leur expliquer que le mépris et la condescendance dont ils font l'objet actuellement, dans un autre combat, qu'ils mènent dignement, est la réplique exacte de ce que nous endurons face à cette infamie de la réforme du collège.

Salut et fraternité!

 

 

 

 

 

 

 

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17 octobre 2015

Perspectives

Je me demande bien quelle sera la prochaine étape dans le grand saccage de l'Education Nationale. Sous couvert de "refonder l'école", noble intention, c'est bien le massacre de l'enseignement public qui est en train de se mettre en place avec la réforme du collège.

Ce serait cohérent, dans cette perspective inspirée au fond d'une politique libérale, que les académies épousent les limites des nouvelles régions.

On passerait donc de 26 académies à 13. Ca va se bousculer au portillon! Qui dégage, qui reste?

C'est peut-être pour ça qu'il y a tant d'excès de zèle chez certains hauts cadres de l'Educ. Nat. Ils veulent sauver leurs costumes 3 pièces et s'assurer une bonne place dans ce grand jeu de chaises musicales que sera le redécoupage des académies. Bref, ils jouent à "qui pisse le plus loin" sur le dos des élèves, ce qui ne les empêche pas de prétendre oeuvrer à la refondation de l'école. Navrant!

Ce temps venu, il faudra pas venir chouiner pour qu'on vous sauve les fesses. On se souviendra du passage en force de collège 2016, du ton comminatoire et du mépris qui accompagnent les tentatives de l'imposer à un terrain sinon hostile, du moins réservé, et vos pleurnicheries nous feront bien marrer!

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10 octobre 2015

Plaidoyer pour la politique locale de l'emmerdement maximum

Qu'est ce qu'on fait maintenant?

La grève du mois dernier, la manif d'aujourd'hui, ça met du baume au coeur, mais les effets escomptés se font attendre. C'est dur de voir ces événements réduits à un entrefilet dans les grands journaux, à des reportages de quelques secondes entre la guerre des prix des taxis et les motards en colère à la télé.

La mobilisation, le courage à l'échelle locale seraient peut-être plus efficaces pour qu'on en finisse avec cette réforme du collège dont le seul objectif est de faire des économies sur le dos des élèves.

Le ministère et ses sbires sont affligeants de mauvaise foi et de manipulations honteuses. Alors, imitons nos maîtres!

- Les formateurs désignés, conviés à devenir référents de la réforme peuvent refuser la mission qu'on veut leur imposer. Bien des collègues l'ont déjà fait. Il faut saluer leur courage, c'est jamais évident ce genre de démarche.

- Messieurs et mesdames les IPR, suivez l'exemple de l'un d'entre vous qui a, paraît-il, eu le courage de démissionner face à la bêtise de cette réforme et à l'entêtement de l'institution. Nul doute qu'une fois la réforme envoyée ad patres on vous réintègrera.

- Collègues twittos ou adeptes d'autres réseaux sociaux, pourrissez les blogs de campagne, pages facebook de vos élus qui ont voté contre le maintien des classes bilangues et euro. Voici le détail du scrutin . Si les têtes de liste aux régionales voient fleurir les torpilles dans leurs petites affaires bien à eux, ils feront peut-être pression sur le gouvernement.

- Dans les établissements, il y a peut-être moyen de trouver une façon d'exprimer notre hostilité au projet sans passer pour des fous furieux: convaincre les collègues de saborder les séances de formation prévues, conseil péda et autres : 1ère alternative: en pratiquant une politique de silence absolu. 2ème possibilité: parasiter le déroulement de ces réunions en multipliant des questions débiles ou hors sujet (par ex. demander aux intervenants de commenter une des nombreuses perles de MMe Florence Robine comme son magnifique "Les élèves n'ont pas forcément besoin d'enseignants pour apprendre".  

Perso, je préfèrerais la 1ère solution: les rectorats ne sont pas en mesure de proposer techniquement la mise en oeuvre du collège 2016. Ils comptent sur nous pour qu'on trouve des solutions à l'organisation concrète. Ils n'oseront jamais le reconnaître, mais sans la collaboration des équipes  péda, leur machin est inapplicable. Je pense que l'institution pourrait reculer si on ne leur livre pas les solutions qu'ils attendent impatiemment, précisément au mois de décembre.

- On pourrait également envisager des actions locales: demander des audiences aux IPR pour aborder concrètement le sort de tous ces profs d'allemand qui vont se retrouver en sous-service l'an prochain. Ou encore  entreprendre des petites actions symboliques : aller déposer tous les manuels scolaires en réserve dans nos CDI qui vont devenir obsolètes dans des lieux à définir par ville ou par département. Ce genre de chose quoi. Au lieu de bouder la certification dont tout le monde se tamponne.

Chaque collège a ses particularités, si vous avez d'autres idées, vous pouvez les poster en commentaires.

 

 

 

 

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14 septembre 2015

Qu'est ce qu'on attend?

 

Oui, bien sûr il y a la grève de jeudi. Mais souvenez-vous de la dernière et de la douche froide du lendemain avec la publication du décret.

Oui, l'ADEAF essaie de se bouger, mais c'est pas des cartes postales "du bist böse" envoyées à Najet qui vont nous sauver.

++++ Flash info +++++

Avec consigne que ça ne s'ébruite pas, beaucoup de formateurs désignés d'office pour nous faire avaler sur le terrain cette foutue réforme qui va nous flinguer refusent les missions. Du coup les IPR décrochent leur téléphone et font des ponts d'or à n'importe qui accepterait de s'y coller.

Chers formateurs: vous pouvez refuser les missions débiles qu'on essaie de vous imposer.

+++++++++++++

Perso, moi j'ai décidé de faire la grève du cerveau face à cette réforme: c'est un truc branlant qui se cassera la gueule tout seul si chacun de nous en son âme et conscience freine des 4 fers. Mon principal m'a déjà fait miroiter qu'on pourrait peut-être continuer une forme de classe euro sous forme d'EPI: FUCK.

Tant pis, j'aurai que 7.5h contre 16 actuellement dans mon bahut MAIS JE REFUSE DE ME COMPROMETTRE. Ils veulent flinguer les classes bilangues et les classes EURO: mais qu'ils le fassent, je ne vais pas faire semblant de les sauver. Qu'ils assument tout seuls, je ne vais pas aider à maquiller la catastrophe. Je refuse d'engager ma responsabilité de citoyenne et de prof consciencieuse dans la mise en oeuvre d'une réforme dont je pense qu'elle se fait au détriment de la qualité de l'enseignement.

++++++++++ Flash Info+++++++++++++

Ah oui: les formations se feront en dehors du temps scolaires: mercredi aprèm et pendant les vacances de la Toussaint: c'est confirmé dans certaines académies qui préparent les convocs. Ca mmanque pas de ronflant, ça s'appelle modestement "Université d'automne"! Y'aura des pingouins qui iront et seront ravis d'empocher les 50€/jour que débloqueront les rectorats pour les journées prises sur les vacances. C'est pour financer cette daube que les rectorats ont réduit toutes les autres formations du PAF à la portion congrue?

++++++++++++++++++++++++++++

Si j'ai plus que 7.5h dans mon bahut, il va falloir que je complète mon service dans un autre établissement. J'habite en zone urbaine avec plein de collèges et de profs d'allemand dans la même situation que moi. Donc ça va être super loin: RECTORAT TU VAS RAQUER TA MERE EN FRAIS DE DEPLACEMENT avec ces milliers de profs d'allemand jetés sur les routes. IMPOTS.GOUV: je vais exploser les bornes pour les frais réels.

Conseils généraux: VOUS ALLEZ ÊTRE RUINES car il va falloir acheter des manuels scolaires tout neufs pour toutes les matières de tous les collèges avec en plus le changement de programme. Remarque, vous vous en foutez, vous augmenterez les impôts locaux.

Ca va en faire des manuels dans les CDI qui ne serviront plus à rien! On n'a pas de tracteurs ni les gros bras des taxis qui font reculer le gouvernement en deux temps trois mouvements. Mais on a une sacrée réserve de manuels dans tous les collèges. Sans compter tous les Wie geht's? Horizonte, etc... qui s'accumulent sur les étagères persos. Ca vous donne pas des idées vous? Sans compter les Gaffiot et les Ragon/Dain de nos collègues de lettres classiques!

On est pacifiques, donc on ne peut pas déposer les armes, on n’en a pas, on peut
déposer les livres pour illustrer aux yeux de tous à quel point l’institution abandonne
l’éducation.

Moi ça me brancherait plus que d'envoyer une carte postale DU BIST BÖSE à qui on sait.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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18 mai 2015

Moi, président...

 

 Non mais oh!

          J'aimerais bien être un peu solennelle, mais le débat sur la réforme du collège atteint des sommets de mauvaise foi.

        Puisqu'on n'a rien retenu d'autre de l'anaphore présidentielle que ces deux mots, c'est bien le signe que ce qui n'était pas que stylistique s'écrase dans l'exercice du pouvoir.

        Le moi président n'était que fable.

Alors, moi citoyenne, prof de terrain, je décrypte. On a le droit de ne pas être d'accord, mais à ce moment-là, il faut le dire avec des arguments:

1) Qui va faire les cours de langue en primaire? Dans certains cas, des profs des écoles bien formés, c'est sûr et je le reconnais volontiers. Mais dans beaucoup d'autres cas, des gens peu formés qui en plus n'en ont pas envie. Un collègue formé en espagnol est obligé de faire de l'anglais: il reconnaît lui-même qu'il n'est pas à la hauteur. Tant pis pour les élèves. L'administration centrale est contente : ça rentre dans les cases.

2) On parle beaucoup du latin/grec, de classes bilangues et euro, sans jamais parler des autres options proposées au collège et qui sautent aussi avec la réforme: l'option découverte pro 3ème, où les élèves en grande difficulté étaient pris en charge en petits groupes de 10/15 élèves, Sans cette option, la plupart de ces élèves finirait sans doute à la mission locale d'insertion. Pas top à 15 ou 16 ans de se prendre ça dans la gueule, d'atterir là où vont tous ceux qui n'ont rien. Vraiment, cette option sentait l'élitisme petit-bourgeois!

3) La réforme telle qu'elle est prévue sera mise en place simultanément sur les 4 niveaux du collège, 6ème, 5ème, 4ème, 3ème: donc les élèves qui commenceront l'option latin en 5ème l'an prochain, une classe euro ne pourront poursuivre que dans les EPI. C'est comme une loi rétroactive dont la dernière fut cosignée Laval - Pétain en 1943. Quelle référence glorieuse!

4) Les Lumières sont sauvées, on s'en réjouit.

5) Intox/ désintox sur les classes bilangues: elles ne seront maintenues que là où il y a un enseignement bilangue continu du CP au CM2, c'est-à-dire deux ou trois collèges par-ci par là en dehors des zones frontalières. Quelle leçon d'égalitarisme face à la discontinuité des territoires! Bravo. Kudo!

6) Les élèves voulant faire de l'allemand pourront toujours le prendre en LV2: mais au cours de leur scolarité au collège, ils auront eu environ 300h de moins de cours d'allemand que mes élèves actuels. Quel progrès!

7) L'enseignement de la LV2 se fera à raison de 2h30 par semaine: c'est-à-dire, une semaine à 2h et une semaine à 3h. On connaît déjà à cause du mois de mai les semaines à 2h: c'est totalement improductif. Ca ne suffit pas pour apprendre une langue. C'est de l'escroquerie.

8) Les heures de soutien, appelées Aide individualisée: on sait depuis des années que ça coûte très cher et que ça sert à rien pour la plupart des bénéficiaires, car souvent c'est en classe entière ou avec des groupes trop importants, ou encore avec des élèves tellement largués qu'on sait pas quoi faire.  Faut arrêter les conneries à un moment. Que faire face à un élève qui ne parvient pas à retenir la table de 3? Mais c'est peut-être élitiste d'attendre d'un élève de collège qu'il connaisse sa table de 3.

9) Les EPI : on a déjà donné y'a une dizaine d'années avec les IDD. Même topo. Les vieux profs ont connu d'autres formules encore. C'est pipeau, juste sympa, à la rigueur. D'ailleurs même s'ils existent encore en théorie, j'aimerais qu'on me donne le nom d'un collège où c'est encore pratiqué. Chers parents: les epi seront une version plus moderne du collier de nouilles de notre enfance avec un intitulé ronflant! En plus vos enfants n'auront pas le choix. On les mettra où il y aura de la place, en faisant semblant de vous demander votre avis.

10) Le collège a besoin d'une réforme, c'est sûr et certain. Mais une réforme réellement ambitieuse au-delà des effets d'annonce. Si on veut que tous les élèves soient bons en langues, pourquoi ne généralise-t-on pas les classes bilangues au lieu de les supprimer? Pourquoi se refuse-t-on à reconnaître que l'enseignement de l'anglais ou autre langue en primaire n'est assuré que "si on a le temps": les collègues du primaire le disent eux-mêmes. Pourquoi ne propose-t-on aucune aide VRAIMENT individualisée à des élèves qui en auraient besoin. On avait un super projet de tutorat: arrêté faute de moyen.

11) Pourquoi?

C'est très simple: la réforme Collège2016 initiée par V. Peillon en réalité, c'est pour ça qu'il applaudit des deux mains, le philosophe frustré qui n'a jamais réussi à se faire une place à l'université - et que la pauvre Belkacem doit défendre - n'obéit qu'à une logique comptable. En gros, pour l'instant, dans 3 collèges, on paye 2 profs d'allemand (= 2 x 2000 €). Après on n'en paiera qu'un seul. Donc on réduit par deux les dépenses au moins pour les profs d'allemand. Pour l'instant, le nombre de postes au concours est encore élevé, mais au ministère c'est la direction de la prospective qui calcule le machin; et ils ont toujours deux ou trois ans de retard avec la réalité. Vous allez voir que d'ici à 2 ans, mais moi président s'en fout, il se sera barré : 2017! le nombre de postes en allemand va fondre. Et on s'attaquera aux petites facs, etc, etc...

12) Bref: cette réforme est une sombre daube, concoctée par des petits comptables qui pensent qu'à leur prime de dézingage, qui imaginent que les français sont assez cons pour avaler que c'est bien pour leurs gosses. Les arguments pro sont constuits sur mesure au fil des réactions négatives. Ca sent quand même bien l'argumentaire improvisé.

Je dis non!

NB: Les syndicats et assos qui sont pour cette réforme, vous pouvez vous asseoir sur les cotisations! Vous n'avez pas honte de contraindre des délégations locales à se désolidariser de votre discours dégoulinant d'obséquiosité à l'égard du pouvoir? A croire que c'est les petits fours du ministère qui dirigent votre pensée!

 

      

 

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24 mars 2015

On y est!

Ben voilà,

Le danger qui pèse sur la qualité de l'enseignement des langues en France n'est plus une sourde menace.

Si on ne fait rien, on va se faire bouffer tout cru!

Le texte publié par l'ADEAF (Association des profs d'allemand du secondaire) expose bien les choses:

http://www.petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=rcADEAF

Le volet langue de la réforme du collège est navrant.

Et la presse se tait, trouve ça génial de commencer la LV2 en 5ème, ce qu'on ne vous dit pas, c'est que c'est un tour de passe-passe où les élèves seront perdants, et que si la réforme se fait comme elle est prévue, c'est la fin de l'enseignement de l'allemand en France:

Au lieu d'avoir 3h/semaine, les élèves n'auront que 2h/ semaine (Edit: 2h30, ce qui ne change pas grand chose!) ce qui est contreproductif: donc les élèves n'auront pas le même niveau qu'avec le système actuel de 3h/semaine.

Pour financer la réforme:

- On supprime le latin comme enseignement.

- On supprime 1h d'anglais en 6ème.

- On supprime les classes bilangues et les classes euro au collège, dispositifs qui ont permis de sauver l'allemand et qui satisfont les élèves et les familles.

Par ricochet, ça veut dire qu'on supprimera aussi les classes euro et les sections internationales comme Abibac au lycée. Ca veut dire aussi, qu'à plus ou moins brève échéance on supprimera les facs d'allemand, de russe, d'italien et de toutes les langues moins largement répandues puisque ces dispositifs constituaient leur vivier. Cette réforme est une escroquerie qui met en péril la diffusion de la diversité des cultures.

Je suis écoeurée.

On pourrait demander par académie des audiences collectives à nos IPR. Ils va bien falloir qu'ils mouillent la chemise, car eux aussi, avec cette réforme vont disparaître à plus ou moins long terme.

 

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28 juillet 2014

CAPES OU PAS CAPES

C’est le troisième message que Lehrer1 reçoit ces dernières semaines et encore, il y en a eu d’autres durant l’année pour lui demander conseil au sujet des concours.

C’est là qu’on voit à quel point l’administration centrale est défaillante. De braves impétrants ou candidats et futurs du capes et de l’agreg d’allemand ont mille questions, mais faut croire que les instances centrales ont mieux à faire que de produire des textes clairs. Ben oui, fermer des postes, c’est chronophage.

Alors, voilà, malgré les vacances, je m’y colle.

 

Pour les conditions de diplôme, c’est le flou le plus total, il faut théoriquement avoir un master 2, ou équivalent, mais personne ne sait ce que c’est, ou n’est capable de l’expliquer.

C’est un peu comme pour la Thora, y’a la loi et son interprétation. Le Talmud du corpus de lois françaises est exponentiel et qui sait, peut-être y a-t-il un décret d’application jamais signé qui invalide tel article.

 

Ensuite, les épreuves : attention ça vient encore de changer !

Ca change tellement souvent que j’ai perdu le fil. Quoi qu’il en soit les épreuves de concours sont calibrées de manière très spécifique et demandent une certaine technicité et une préparation à l’université s’impose. Il y a peut-être des candidats libres qui réussissent, mais personnellement je n’en connais pas.

Ensuite les programmes me semblent ronflants, ils sont calqués sur les programmes du lycée avec des thèmes qui font très savants mais qui sont en réalité fourre-tout. Je plains les profs de fac qui doivent se démerder avec des intitulés aussi blaireaux que Mythes et héros ou La rencontre avec l’autre, l’amour, l’amitié. Avec Faust, ce qui est cool, c’est que ça marche pour tous les intitulés. le jury doit s'en bouffer du Faust, depuis cette réforme à la noix qui a viré les oeuvres des programmes.

Mais faut rester zen, on manque de profs, donc le CAPES est plus facile à décrocher qu’il y a quelques années, paraît-il.

 

Que se passe-t-il ensuite ?

Lorsqu’on a le Capes, on doit faire un stage d’un an avant d’être titularisé, en principe dans l’académie d’origine, mais pas toujours. Le service est de 9h de cours hebdomadaire et on doit suivre des formations toute l’année.

Si tout se passe bien on est titularisé et affecté sur un poste quelque part en France. Ce sont les demandes de mutation. En principe on atterrit dans une académie déficitaire : en gros Créteil, Versailles, Reims et quelques autres pas franchement dans le sud. L’exil peut durer 5, 6 , 12 ans, selon l’académie visée.

Pour éviter de partir, il faut soit, avoir un tonton bien placé, soit connaître des combines que j’ignore mais qui existent, soit avoir un dossier médical sérieux, ou alors opter pour le Cafep, capes privé, mais là j’y connais rien.

 

Pourquoi devenir prof d’allemand?

Je crois que c’est la question à se poser en premier lieu. C’est pas très fun au quotidien : on doit faire du racolage pour maintenir les effectifs, on vous colle des emplois du temps de merde car on n’a que des bouts de classe, on doit se taper un échange souvent tout seul, on est exposé au quotidien à la germanophobie, qui est une réalité, même si vous avez-vous-même un grand-père mort en déportation, et on subit les coupes claires de l’administration centrale, on claironne sur l’amitié franco-allemande, tout en vous menaçant de fermer votre poste, on torpille les classes bilangues en douce, etc…Ca c’est ce qui use. Mais il y a aussi les bons côtés : les élèves, quitte à paraître ringarde, j’affirme que c’est un plaisir de les sensibiliser à une culture différente, à l’art et à la littérature, leur faire découvrir un musée, et qu’ils ne sont pas si réticents que ça.

Voilà, pour moi le jeu en vaut la chandelle, mais jusqu'à quand?

 

 

 

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23 août 2013

Birgit Nyborg comme vous ne l'avez jamais vue

L'actrice danoise Sidse Babett Knudsen, connue en France depuis la diffusion de Borgen a un talent indéniable. Elle l'a demontré avec brio dans la série, dont Arte rediffuse dès ce soir la saison 1.

Je sais que sur ce blog, on est censé s'intéresser à l'allemand, mais bon, vu la médiocrité des productions télévisuelles allemandes, il faut élargir son horizon. En plus ZDF a cofinancé Borgen, il me semble.

Revenons à Sidse Babett Knudsen:

Je savais aussi qu'elle parlait un français remarquable, mais je viens de découvrir un autre talent. Il m'avait semblé détecter qu'elle avait une jolie voix, car évidemment, la VO c'est quand même jouissif pour les profs de langue, donc j'ai scruté le net pour voir si je trouvais pas une petite vidéo où elle pousse la chansonette.

Voilà qui est fait: på tysk please.

 

 

Franchement, j'ai eu du mal à la reconnaître, seule sa voix est identifiable. Qui se serait douté que l'actrice qui incarne Birgit Nyborg puisse offrir la version la plus déjantée de 99 Luftballons que je connaisse? Puis, il est pas mauvais du tout son allemand! Si tous nos bambins en étaient là!

Ah! Ces scandinaves polyglottes, ils font quand même rêver, non? Et puis dans les interviews de cette génération d'acteurs danois, ça respire l'authenticité, la simplicité, et l'autodérision.

En tout cas pour ma part, j'ai fait des progrès considérables en Danois ces derniers temps, ça m'a même donné envie d'apprendre la langue.

Quand est-ce que la télé allemande va nous pondre un forbrydelsen ou un borgen?

Tak til dig!

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29 mars 2013

Voix mélées yiddish & rom

Pas de coup de gueule ce soir, mais un coup de coeur à Eva Salina et Milena Kartowski. Les deux jeunes chanteuses, l'une américaine et l'autre parisienne se sont produites lors d'une petite série de concerts au campement rom de Ris Orangis, à Nancy puis à Bruxelles et Paris.

Quelle émotion!

Trois semaines après le récital a capella de Nancy, je suis toujours sous le charme à tel point que je n'ai pas pu m'empêcher de faire chanter mes élèves en yiddish! Ils ont halluciné grave mais ont joué le jeu. Hulyet Kinderlekh!

הוליעט הוליעט קינדערלאך

Pour les amoureux de la Mitteleuropa comme moi, c'est divin.

Voici un petit aperçu du répertoire piqué chez Télébruxelles:

 

 

 

 

Les deux artistes s'attachent à recueillir les chants auprès des anciens.

Bravo mesdemoiselles!

Si quelqu'un a une transcription de la chanson sur Dreyfus, je suis intéressée (contacter l'auteur).

 

 

 

 

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