Liebe Kolleg- Innen,

Alors vous en pensez quoi du programme de l'agreg interne session 2013?

Ben moi, j'avais un a priori plutôt positif. Ca faisait des années que j'attendais un programme qui me plaise au moins un peu, enfin avec au moins un truc que je connais, quoi!

Ca c'était l'an dernier: l'Autriche-Hongrie, génial! Je rentrais de Vienne. Berlin, Alexanderplatz de Döblin, je l'avais pas lu mais ça m'intéressait. Kleist, bof. 2 sur 3 de potable, peut-on espérer mieux?

Dans ma vague préparation, je m'étais bien amusée sur l'Autriche-Hongrie et Döblin.

Bon, le bouquin de référence sur l'Autriche-Hongrie est truffé de coquilles, la préface est un brin douteuse et l'appareil critique un peu trop succinct, mais au moins, le thème me paraissait sympa: j'avais assisté quelques semaines avant de m'inscrire (hasard de calendrier) à un kitschissime ballet d'un autre temps à l'occasion de l'entrée d'Otto dans la crypte des Capucins, j'adore Kafka, Joseph Roth, Romy Schneider et EAV,  et j'ai eu l'occasion d'arpenter les confins du défunt empire, autrement dit j'ai passé des vacances en Croatie et à Prague, j'ai exploré la Galicie historique côté polonais et ukrainien. Bref, ça me branchait à mort. Et là, bingo! C'est tombé à l'écrit. J'ai mis toutes mes tripes, un peu d'humour par ci par là, bon visiblement, ça n'a pas impressionné le jury et mon bon mot sur Marie-Antoinette ne les a pas fait rire! Bref,  ils osent écrire dans le rapport sur la précédente session que l'Autriche n'est pas kitsch, mais si mesdames et messieurs, l'Autriche c'est kitsch, c'est morbide et même gore et c'est ce mélange qui en fait le charme. Même Régis Jauffret l'a compris, si ce n'est qu'il confond les Schilling et les Mark et qu'il se complaît à se chatouiller le nombril, pour pas dire autre chose devant le spectacle des caves d'Amstetten.

Döblin, c'était vraiment intéressant, c'est le type de littérature que j'aime, même s'il aurait pu faire un peu plus court.

Kleist m'a gonflé du début à la fin. Mais au moins, il a réussi à m'arracher une réaction. Il m'a indignée.

Et cette année, mesdames et messieurs, il ont viré Döblin, (bouh!) et l'ont remplacé par un certain Wolfgang Hilbig. Inconnu au bataillon, de moi, bien sûr, mais bon, j'assume ma méconnaissance de la littérature allemande contemporaine, mais également inconnu (Wolfgang wie? ) de 3 de mes potes allemands, deux profs d'allemand et un bibliothécaire! Où sont-ils allé le chercher celui-là?

Bon, j'ai fait tourner wikipedia en attendant que le bouquin arrive, cool, me suis-je dit: un Wenderoman. Je connais bien les enjeux, j'ai eu des cours d'histoire approfondis à la fac! Mais ça, c'était avant que le bouquin n'arrive. J'ai fait une premiere tentative en août. Le livre m'est tombé des mains. Je recommence le lendemain, pareil! Quand même! Bon, je vais sauter le Vorwort, il me semblait que j'étais encore dans le Vorwort, je tourne les pages pour arriver au premier chapitre, mais ça n'en finit pas, c'est pas un Vorwort, c'est la 1ère partie, ça s'appelle " der Vorgang". Oups. Et là, y' a un bon vieux polar qui me fait de l'oeil donc aux oubliettes , Hilbig.

Je m'y suis remise cet aprèm à 16h. Avec la ferme intention de ne pas lâcher, j'en ai déjà lu des trucs chiantissimes pour la fac ou plus tard par erreur. Mais je n'ai de nouveau pas passé la page 20. Je me suis de nouveau endormie. C'est lourdingue du point de vue de la langue et ça m'emmerde à tel point que j'ai fait les vitres, descendu les poubelles et décapé mon four juste pour me donner un minimum de bonne conscience en lâchant le bouquin.

Je plains les profs de facs qui vont devoir en faire quelque chose pour les étudiants.

Je ne sais pas ce qui est passé par la tête du mec ou de la nana qui a choisi ça. Je sais bien que c'est l'agreg, mais quand même ils abusent! Bien sûr je vais le lire ce putain de bouquin, mais quand même! Déjà que Kleist c'est chiant et que l'Autriche-Hongrie, c'est dur pour la plupart des candidats, même si à moi, ça me plaît! Je demande pas à ce que le jury choisisse le dernier polar à la mode, mais de là à choisir un truc aussi hermétique! Comment veulent-ils qu'on s'approprie l'esprit underground du Berlin Est des années 80? Je parie que dans les copies, si jamais ça tombe, ils auront droit à " la vie des autres" en long en large et en travers, peut-être un peu de Thomas Brussig et Ingo Schulze, soyons fous, un brin de Günter Grass pour les plus lettrés d'entre nous.

Bon courage à tous ceux qui préparent l'agreg.

DEUX MOIS PLUS TARD...

... Ca y'est, je l'ai lu ce foutu bouquin! Même si cela me coûte beaucoup, je me dois de reconnaître que le "ICH" de Hilbig vaut plus que le détour. Ce n'est pas vraiment possible de l'aborder comme un détour. C'est un monument massif, une forteresse où s'empilent les lâchetés, quasi inexpugnable. "muffig" et 'langweilig" a dit Reich-Ranicki en son temps. Ce n'est pas faux, c'est nauséabond à souhait, ennuyeux comme ont pu l'être les kilomètres de protocoles rédigés par les agents de la Stasi. Chiant comme les atermoiements d'un indécis qui ne parviendra jamais à faire le bon choix, car il a déjà vendu son âme au diable. Mephisto, sors de ce corps!

Je n'ai pas bossé ce bouquin pour l'agreg, je suis bien trop en retard cette année, mais une fois les 80 premières pages passées, j'avoue que j'ai dévoré le texte. Mais où veut-il en venir?

L'artiste broyé par la société?  - Déjà fait!

La Wende vue de l'intérieur? - Trop subjectif pour que ce soit ça! L'Histoire n'est pas le propos, elle est trop en filigrane.

L'invention d'une nouvelle écriture? - Déjà fait, et en plus là, ce parti pris dans l'écriture est ironique.

Mais alors, quelle est l'intention de l'auteur? Ce qui me trouble, c'est que n'importe quel écrivain rescapé de RDA aurait pu écrire le bouquin, n'importe lequel, mais pas Hilbig. Sa position était sans compromis, tout jugement définitif. Si on trempait là-dedans, on était discrédité pour toujours. Alors pourquoi transformer son jugement sans appel de l'inanité de la littérature est-allemande en mosaïque de nuances de gris. W. n'est pas sympathique, mais on ne parvient pas à le détester. Il n'indigne pas, il susciterait presque pitié et compassion. Ce qui ne paraît pas compatible avec l'intransigeance de Hilbig. Voilà ce que je ne comprends pas. Pourquoi surmonte-t-il son mépris, lui qui à ce titre au moins est blanc comme neige? C'est peut-être en cela qu'il se sent légitime? Un peu léger pour se lancer dans une oeuvre pareille!