C’est pas gai. Ca on le savait déjà ! Ca fait une vingtaine d’années que l’enseignement de l’allemand est en déclin en France.

Mais enfin, là, on frôle le désastre.

 

1) Les parents restent majoritairement insensibles aux arguments utilisés.

- L’argument le plus répandu est celui de l’utilité de la langue. On peut ne peut pas être sensible à cet argument économique, mais c’est un fait. Sur le marché du travail européen, l’allemand est bien plus recherché que l’espagnol.

C’est pour cette raison d’ailleurs que les Institut Goethe implantés en Espagne ont connu une hausse d’inscription de 30 % l’an dernier. Le taux de chômage des jeunes espagnols frôle les 55% contre 8% en Allemagne. La France semble une nouvelle fois rater le coche, car l’institution semble s’en foutre. Au-delà de l’affichage des sourires entre Angela Merkel et François Hollande, il n’y a aucun soutien réel apporté à l’enseignement de l’allemand en France. Au contraire.

Certains, disent que l’Espagnol est bien plus parlé dans le monde que l’Allemand. C’est vrai à l’échelle du monde, mais pas en Europe. La langue maternelle la plus répandue en Europe, c’est l’Allemand.

A moins de vouloir faire carrière en Amérique du Sud ou dans certains secteurs très spécifiques, l’Espagnol n’est pas décisif.

Même en Europe de l’Est, où le russe est en déclin depuis la chute du Mur de Berlin, c’est l’Allemand qui est devenu indispensable, en raison des liens économiques étroits avec une industrie allemande qui est restée très puissante malgré la crise.

Si on reste dans cette optique économique, on imagine bien que le trio gagnant en langues pour les prochaines années serait :

Anglais- Allemand – Chinois

Anglais – Russe – Allemand

Anglais – Allemand – Portugais

Ou encore Anglais – allemand – arabe,

Enfin, quelque chose dans ce goût-là.

- Le second argument utilisé est d’ordre culturel. Toutes les cultures sont également respectables. La culture allemande au même titre que la culture hispanique ou anglo-américaine.

Mieux on connaîtra les héritages culturels des différents pays européens, mieux on comprendra l’Europe actuelle.

L’idéal serait de connaître un maximum de cultures, bien entendu au-delà des frontières de l’Europe. Mais ce n’est pas possible à l’école, telle qu’elle est organisée en France.

On a déjà du mal à organiser l’enseignement de l’anglais.

Dans les pays, où ils sont très forts en langue (pays scandinaves), les enfants ont 7h de langue par semaine à l’école primaire. Nous c’est 1h30 dans le meilleur des cas ! Ensuite, dans le secondaire, les horaires sont réduits car l’essentiel est acquis, on entretient et approfondit à raison de 3 ou 4 h  par semaine environ.

Pour revenir à la culture, la place de la culture allemande est évidente en Europe (musique, philosophie…).

L’histoire de l’Europe actuelle ne peut être bien comprise sans une connaissance approfondie de l’histoire du 20ème siècle, et le douloureux passé de l’Allemagne du 20ème siècle est incontournable pour bien comprendre les enjeux du monde d’aujourd’hui.

La germanophobie est toujours en vogue, il suffit pour s’en convaincre de lire quelques commentaires sur l’article de Libération consacré à l’enseignement de l’allemand en date du 23/01/2013. C’est effrayant.

Le Figaro n’est pas ma boutique de prédilection, mais leur article est pas mal :

http://www.lefigaro.fr/international/2013/01/21/01003-20130121ARTFIG00819-l-allemand-ne-seduit-guere-les-eleves-francais-et-vice-versa.php

 

 

2) Les recteurs assistent sans broncher aux fermetures de classes d’allemand, ils les organisent même. C’est peut-être à cause de la prime de 22.000 €.

Ils ne peuvent la toucher que s’ils parviennent à faire augmenter (!) le nombre moyen  d’élèves par classe dans leur académie. L’allemand, l’italien et les autres langues à faible diffusion sont des cibles de choix. Comme 80 % des parents d’élèves ne sont pas concernés (leurs gamins font anglais-espagnol), ça ne bronche pas vraiment. En plus les chefs d’établissement ont également droit à une part de la prime. Ca en fait de bons petits soldats.

Ca pousse même certains à falsifier délibérément les chiffres des effectifs d’allemand pour accélérer les fermetures. J’en ai été témoin pour deux établissements de mon académie, dont une fois cette année ! Et bien entendu, l’inspection d’académie ferme les yeux ou fait semblant de ne pas savoir.

Les IPR se tortillent vaguement sur leur chaise, un brin embarrassés quand même. Mais finalement ne bronchent pas vraiment non plus. C’est vrai qu’ils l’ont échappé belle l’an dernier, on a failli les en faire tomber, de leur chaise. On a failli les supprimer. Révoltez-vous messieurs et mesdames les IPR! Parce que si vous ne servez même plus à défendre vos disciplines, on ne vous sauvera pas la prochaine fois.

Pourquoi l’inspection générale d’allemand, ne monte-t-elle pas au créneau ? Une petite virée chez Vincent, pour qu’il souffle un bon coup dans les bronches des recteurs afin qu’ils arrêtent d’assassiner l’allemand.

On n’a pas un premier ministre germaniste ? Faut croire que non, Furchtbar !

 

3) La pénurie des profs d’allemand

Un bruit court selon lequel les recteurs n’auraient eux-mêmes pas vraiment le choix : il n’y a plus assez de profs d’allemand et le recrutement ne parvient pas à combler les trous laissés par le précédent gouvernement. Il n’y a donc qu’une seule solution pour que cette incapacité de l’Etat ne se voie pas trop : faire baisser les effectifs.

Dézinguez autant que vous pouvez, recteurs et rectrices ! Il faut résorber la pénurie, donc faites baisser les effectifs.

C’est comme si dans un hôpital, on bazardait des patients à la morgue juste pour qu’on ait l’impression qu’il y a assez de médecins et d’infirmiers pour les malades restants.

Le procédé est plus que douteux. Il faudrait encourager les carrières médicales, au lieu de cela on flingue les malades.

Comment voulez-vous résorber la pénurie, si vous battez en brèche l’enseignement de l’allemand partout où il arrive tant bien que mal à se maintenir ?

Si ça continue, nos enfants iront apprendre l’allemand…en Espagne.